Badreddine Ouali dit tout sur «l’Ecole 42», GRATOS et sans diplôme

African Manager 08/02/2018

S’enthousiasmer n’est pas chose aisée pour un journaliste. D’abord parce qu’à forcer de plancher sur des sujets de toutes sortes, au quotidien, on acquiert la placidité du médecin et la froideur du chirurgien – une froideur salutaire pour le malade, car le geste en devient plus précis ! -, ensuite parce qu’on entend beaucoup parler, chez les hommes d’affaires, de projets économiques bancables, et on en voit peu qui daignent investir juste pour l’autre et sans aucun but lucratif. Mais pour Badreddine Ouali, à la tête de l’une des plus importantes sociétés d’informatique à l’échelle internationale, Vermeg, (les Tunisiens ne font pas légion dans ce domaine !), mais qui ne fait pas que dans le lucratif et investit dans l’humain, nous allons faire – allez, pour une fois – une exception. L’envergure du bonhomme le vaut bien, et vous allez très vite en convenir.

Ouali a rencontré Xavier Niel au dernier Forum économique tuniso-français. De cette rencontre, et avec l’appui d’Emanuel Macron, est née l’idée d’une «Ecole 42» pour la Tunisie. L’idée a très vite fait du chemin, portée par une fondation et qui sera… complètement gratuite pour tous ! Une première en matière d’apprentissage en Tunisie !

  • Born To Code ?

L’information en a d’abord été donnée lors d’un entretien du chef du gouvernement, Youssef Chahed, avec Xavier Niel, un homme d’affaires et grosse fortune française. L’homme y a fait juste allusion, lors de cette rencontre. Mais le projet a vite fait d’avancer.

«L’Ecole 42 est une école totalement gratuite. Ce n’est pas une affaire, ce n’est pas une entreprise, ce n’est pas un business, ce n’est pas un investissement. C’est une institution qui ne peut marcher qu’à fonds perdus. Structurellement, c’est quelque chose dans lequel, on ne peut collecter de l’argent auprès des étudiants, du tout, ni auprès des futurs employeurs. C’est quelque chose à but non-lucratif et du 100 % mécénat. Ça sera donc, zéro paiement pour les étudiants». C’est ce qu’a déclaré Badreddine Ouali à Africanmanager.

Du coup, c’est la Fondation Tunisie pour le développementqui porte le projet 42. C’est en fait une fondation française dont le conseil d’administration comprend la Prix Nobel Wided Bouchammaoui, et qui a une filiale en Tunisie, avec pour président Badreddine Ouali, qui va porter l’Ecole 42. La même fondation finance une ferme thérapeutique pour handicapés à Sidi Thabet et finance la partie internationale de Smart Tunisie. «On fera, pour Ecole 42, appel à des financeurs internationaux, solliciter l’Etat, les organismes multilatéraux amis de la Tunisie. La participation sera bien sûr à fonds perdus», précise le président de la fondation et futur dirigeant de «42 Tunisie».

Il faut aussi remarquer que c’est Xavier Niel qui fournira la technologie, les outils pédagogiques, les vidéos de cours et les serveurs.

  •  Qui pourra entrer, sans rien dépenser à l’Ecole 42 de Tunisie et quand ?

Toujours selon Ouali, «il faut d’abord que l’étudiant le veuille et qu’il ait la tournure d’esprit pour faire ça». Il est vrai que les codeurs sont presque une classe à part de jeunes doués. La caractéristique de cette école, c’est que l’entrée s’y fait sans aucun diplôme requis, sauf d’avoir 18 ans révolus, et tout y est gratuit, même pas de droits d’inscription. Ouali l’affirme. Après cela, «il y a deux étapes dans la sélection. La 1ère se fait on-line par des tests de logique, d’intelligence, etc. Après, il y aura des entretiens avec les présélectionnés lors de la 1ère étape, il y aura des entretiens et ensuite une période d’immersion qu’on appelle à l’Ecole 42 «la piscine» où ils seront appelés à travailler sur des projets, pour tester leur endurance à travailler jour et nuit sur leurs projets. L’admission finale se fera à la sortie de la piscine», explique encore le 1er responsable de l’Ecole en Tunisie.

  •  Au plus tard, en 2019, l’ouverture et les inscriptions

Après autant de détails, sur ce projet porteur d’un autre modèle d’éducation, à bâtir en Tunisie après sa réussite en France et ailleurs, on se demande quand est-ce que cela deviendra possible. «Il faut d’abord trouver le local, l’équiper, recruter les étudiants. On n’a pas encore de planning arrêté, mais on va quand même essayer de faire ça cette année. Ce qui est sûr, c’est qu’elle sera opérationnelle en 2019, mais on va essayer que tout soit prêt, qu’elle ouvre les portes et qu’il y ait les premiers étudiants cette année 2018», répond, sûr de lui et sûr de l’appui des autorités tunisiennes, l’homme d’affaires et mécène Badreddine Ouali.

42 est déjà en train de rechercher un terrain pour l’école, de préférence dans la ville de Tunis. Seule exigence et pas des moindres : il devra être dans un endroit facile d’accès et pas cher en matière de transport. Il devra aussi être, car n’offrant aucune autre commodité de logement ou de nourriture, dans une région, de préférence dans la ville et où la nourriture et le logement ne sont pas chers du tout, pour des étudiants qui n’ont pas d’argent et dont le temps et l’énergie seront déjà complètement bouffés par l’apprentissage du Code et par leurs projets.